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Douala, l'autre Afrique de l'art contemporain

Publié le 09 novembre 2018

Le Cameroun, terre de trésors naturels mal connus n’est pas qu’une Afrique en miniature gâtée par Dame nature. Avec la Douala Art Fait, sa capitale économique Douala, tente de s’imposer comme une place forte de l’art contemporain et du design sur le continent.

Trop souvent boudé par les touristes, le Cameroun est une petite Afrique à lui tout seul. Dans My Chic Africa, le photographe et entrepreneur Guy Mouofo avait fait découvrir les beautés sauvages de son pays. Mais le Cameroun, ce n’est pas seulement toute une beauté continentale en miniature dans son décor naturel d’image d’Epinal. Forte d’une jeunesse dynamique, sa capitale économique, Douala, a bien l’intention de s’imposer comme un nouveau carrefour de l’art contemporain sur le continent.

Pour s’inviter dans le Gotha africain avec AbidjanDakar, Lagos, Le Cap, Marrakech et Rabat, la plus grande ville commerciale du Cameroun a récemment organisé sa toute première foire d’art contemporain et du design : la Douala Art Fair. Ce nouveau rendez-vous culturel de choix a mis à l’honneur 25 artistes camerounais, une quarantaine de peintures, de sculptures et de nombreux objets art déco. Plateforme d’échanges et de conversations entre les artistes et le public, l’évènement a fait le choix d’exposer en plein air. Le but ? Rendre plus accessibles des oeuvres qui traitent aussi bien des préoccupations quotidiennes et de la tradition que de de la complexité des identités et de l’amour.

Une première édition expérimentale

Un des éléments majeur de cet évènement est de donner envie aux Africains de consommer l’art. On ne peut pas continuer d’entendre ou lire dans les médias étrangers que l’art contemporain africain cartonne, si nous mêmes Africains, n’avons pas l’occasion de voir nos œuvres exposées en live et de les acheter », justifie la « repat » Diane Audrey Ngako, fondatrice de l’agence Omenkart, organisatrice de la Douala Art Fair. Ancienne journaliste parisienne, la créatrice du média Visiter l’Afrique souhaite transformer Douala en vitrine de l’art contemporain africain. « Je veux que tous les artistes du continent quand ils ont envie d’exposer, ils pensent d’abord à Douala« , assume-t-elle.

Si à l’international, le Cameroun s’est fait une place dans les arts grâce à des plasticiens comme Barthélemy Toguo, Bili Bidjocka, Samuel Fosso, Boris Nzebo, et ses commissaires et critiques comme Simon Njami, Christine Eyene, Koyo Kouoh et Yves Chatap, Douala n’abrite pour l’instant qu’une seule galerie, MAM. C’est même la seule du pays. « Les arts visuels peinent à occuper sur l’échiquier national la place qui leur est dû. Les artistes, pour la majorité, ne sont eux-mêmes pas encore suffisamment outillés pour comprendre les rouages du marché. Cette première édition était donc expérimentale« , explique le commissaire d’exposition Landry Mbassi dans Africultures.

Tout un écosystème à structurer

En permettant au grand public de venir apprécier  la passion et la détermination des artistes camerounais, la Douala Art Fair a réussi son premier pari. Sur le long terme sur le long terme, le raout ambitionne d’être un trait d’union entre les différentes régions d’Afrique et du monde.« Aujourd’hui, les artistes contemporains africains se retrouvent dans une situation paradoxale. Ils doivent soit se rapprocher des centres d’impulsion artistiques tel le marché de l’art occidental ou rester sur le continent africain en s’adonnant à des initiatives diverses et variées afin d’intégrer un marché qui reste porté par l’occident.

Photo: Yvon Ngassam

Le Cameroun, en particulier, est un foyer de grands talents, d’artistes et d’intellectuels. Mais ils sont souvent plus reconnus à l’extérieur, que dans leur pays. Cela s’explique de plusieurs manières, la plus objective et alarmante est l’absence d’un marché structuré. Les facteurs clés de succès de ce secteur à savoir, galeristes, marchands, collectionneurs sont peu visibles sur le plan local« , analyse Diane Audrey Ngako, contrainte de planter les graines de la structuration de tout un écosystème.

Présidente de l’association Doual’Art, la princesse Marilyn Douala Bell apprécie l’initiative: « C’est important qu’il y ait des espaces marchands qui permettent à des acheteurs et à des offreurs c’est-à-dire les artistes de présenter leur travail et de voir quel est leur valeur. Parce que nous travaillons beaucoup sur la valeur intrinsèque d’une œuvre d’art. Mais il y a aussi une valeur économique. Les artistes doivent vivent de leurs art. » Cette obligation porte la motivation de la Douala Art Fair. L’Afrique de demain est décidément en marche.

Regardez le reportage d’Inspire Africa sur la Douala Art Fair