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L'art contemporain, le nouvel attrait d'Abidjan

Publié le 30 juillet 2018

En un septennat seulement, la paix ivoirienne a imposé Abidjan comme la capitale de l’art contemporain en Afrique francophone. Dans la capitale économique et culturelle d’un pays de plus en plus tourné vers l’extérieur, les galeries d’art poussent poussent comme des fèves de cacao.

« On voit arriver des visiteurs de passage qui profitent d’une après-midi de libre entre des rendez-vous d’affaires. La galerie fait partie du petit parcours que l’on peut faire à Abidjan. » La métropole portuaire, « place to eat » d’Afrique de l’Ouest, est devenue depuis 2011 le hub créatif et commercial de l’art contemporain dans la région. Et comme l’explique Cécile Fakhoury, fondatrice d’une galerie éponyme ouverte en 2012, cette effervescence intègre l’art comme un atout attractif dans l’identité touristique d’Abidjan, qui aimante collectionneurs et artistes étrangers.

Sa galerie, très prisée des connaisseurs et réputée élitiste, Cécile Fakhoury l’ouvre tous les deux mois à des artistes locaux et régionaux mais aussi à des créateurs européens et nord-américains au CV déjà un brin ronflant. Boulevard Latrille, dans un espace de 600 m2 épuré entièrement consacré à la création contemporaine, la fourchette moyenne va de de 2 000 à 70 000 euros.

« J’ai pris des risques en faisant le choix de ne pas exposer que des œuvres décoratives, pour ne pas être un dépôt-vente. Les collectionneurs viennent, achètent, mais ils ne repartent pas tout de suite avec l’œuvre », explique la fondatrice française, fille de galeristes parisiens. Son marché est principalement tourné vers l’étranger, avec principalement des collectionneurs ouest-africains, mais l’intérêt des grands galeristes américains, français et anglais grandit à chaque exposition.

© Katrina Sorrentino

« Le champ de la création et de la production est à nouveau ouvert »

« Pendant dix ans, il n’y a eu aucun marché de l’art ici. Mais avec les structures qui ont ouvertes, les artistes ont vu de nouvelles possibilités de production, notamment pour les artistes plasticiens qui créent des installations. Le champ de la création et de la production est à nouveau ouvert. Il y a encore des progrès à faire pour accompagner le grand public mais de plus en plus de gens viennent nous voir« , se réjouit la belle fille de l’architecte ivoiro-libanais Pierre Fakhoury, qui est aussi installée désormais à Dakar.

« Abidjan s’est imposée car il y a du pouvoir d’achat. Nous voyons désormais passer beaucoup de collectionneurs à la recherche de perles rares. Ils n’hésitent pas à payer dans les 300 euros pour un jeune artiste et jusqu’à 2 000 ou 3 000 euros pour d’autres plus reconnus », constate lui Thierry Dia Brou, le patron de la galerie pionnière Houkami Guyzagn, inaugurée en 2001.

Depuis sa création, cette galerie atypique a toujours conservé le même moteur : mettre en avant des œuvres d’arts présentant l’Afrique sous toutes ses facettes, sous toutes ses couleurs. Elle a même lancé le concours national des arts plastiques Houkami Guyzagn, qui expose et récompense chaque année les meilleurs artistes ouest-africains. « Notre combat est d’amener les citoyens ivoiriens à s’intéresser à l’art », assure Thierry Dia Brou. Il n’est tout seul. Située dans le quartier Mermoz de la commune de Cocody, voisine au Goethe Institut, la galerie Louisimone Guirandou assume pour idée maîtresse de mettre en relation artistes et collectionneurs avec le grand public.

Entrée gratuite pour attirer tout le monde

« Une des motivations les plus fortes de ma galerie, c’est d’être présente sur le continent africain et de participer à ce marché contemporain africain émergent. Il faut que les Africains soutiennent eux-mêmes les artistes africains », ajoute en écho Cécile Fakhoury. Pour gagner ce combat, Abidjan peut compter sur la Fondation Donwahi,  l’une des plus importantes d’Afrique de l’Ouest. C’est en revenant de la biennale de Dakar de 2007 qu’Illa Donwahi, économiste et productrice de caoutchouc, a eu l’idée de créer un grand espace d’art contemporain en plein centre-ville.

Avec ses salles d’exposition, un bar-lounge, un cybercafé, une bibliothèque, une salle de projection et une boutique d’art, la villa rouge de 1 500 m2 accueille artistes, producteurs de télévision, écrivains, éditeurs. Mais aussi monsieur et madame tout-le-monde.  « L’entrée est libre car notre objectif est d’attirer le public. Dans notre espace, on peut travailler et discuter en découvrant des œuvres, argumente  Illa Donwahi.

Il complète : « Les nouvelles galeries poussent comme des champignons à Abidjan et c’est bon pour les artistes ». Pour les amoureux des arts traditionnels et représentations dites ethniques, une autre galerie s’avère incontournable, M’Patao. Au rez-de-chaussée de la résidence Plein Sud, plus de 1600 pièces uniques issues de la collection privée d’art africain du regretté Angoua Koffi Maurice célèbre l’Afrique dans toute sa splendeur.