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Peintre pionnier, Kalidou Kassé ou une attraction touristique à Dakar

Publié le 05 novembre 2018

Sa longévité artistique n’a rien à envier à celle de Jeff Koons. Sa grande maison beige à la devanture fleurie est une curiosité artistique dans une ville, Dakar où il a contribué à faire fleurir les galeries. Rencontre avec le peintre Kalidou Kassé.

S’il y a un mot chez Kalidou Kassé qui soit aussi important que transmission, c’est formation. Artiste plasticien, peintre et sculpteur, le « pinceau du Sahel », son surnom, a connu les affres du passage à vide, à son arrivée à Dakar en 1979, après trois ans aux manufactures des arts décoratifs de Thiès. Pionnier touche à tout qui parfois dérange, il a pris les doutes et les moqueries en pleine toile lorsqu’il a lancé l’idée d’ouvrir une galerie privée en 1990. Si aujourd’hui son CV le classe parmi les artistes internationaux de renom bien cotés, le sexagénaire sénégalais au sourire contagieux a dû se battre pour s’imposer dans le Gotha.

En ouvrant son école Taggat, qui signifie former en wolof, le fondateur de la galerie des Ateliers du Sahel veut étioler les écueils des jeunes artistes comme il rabougrit sur ses toiles les baobabs tordus sous un soleil ardent. C’est que chez lui, le style est unique mais il peut inspirer et conforter des vocations: des gestes habiles et mesurés du pinceau, une palette de couleurs à main, un imaginaire débordant pour des œuvres picturales au contenu narratif, descriptif, et parfois même philosophique. 

Du surréalisme à la réalité pour traduire une sensibilité

« Moi je suis quelqu’un qui aime les couleurs parce que quand je parle des couleurs je parle de la vie, parce que la vie elle est couleur. Alors les thématiques sur lesquelles je travaille sont des thématiques qui interpellent notre société. Mais c’est pour préciser que je fais ce qui me plait d’abord », explique l’artiste, exposé aussi bien dans les institutions comme la Banque Mondiale ou le Sénat français, que dans les résidences privées du président américain Barack Obama et de l’ancienne première Dame des Etats-Unis, Hillary Clinton. Son rêve le plus fou ? Arriver à créer une version africaine de la Villa Médicis romaine. Un lieu dans lequel les jeunes artistes pourront vivre et travailler sans se soucier du lendemain. 

Le message occupe donc logiquement une place de choix dans les réalisations de Kalidou Kassé, dont les oeuvres ont cristallisé les aspirations d’une peinture africaine désireuse de renouer avec l’esthétique purement négro africaine. Il va du surréalisme à la réalité pour traduire sa sensibilité. Un regard qui peint la société en l’interpellant, mais aussi et parfois en la sensibilisant. Au travers de ses oeuvres, l’artiste s’interroge sur toutes les facettes d’une vie artistique dont le langage de création est expliqué dans un livre de 85 pages, « Kalidou Kassé Esthétique négro-africaine et quête de l’universalité »

Innover, une quête perpétuelle

« Ce qui m’a séduit chez le peintre Kalidou Kassé c’est justement dans sa création, dans sa technique, dans sa problématique il articule les données physique du terroir, les valeurs du terroir mais aussi il va vers le monde extérieur et ça je le dis dans ma lecture », confie Alpha Amadou Sy, co-auteur du bouquin. Même si ses talents de jeune artiste ont très tôt séduit son entourage, Kalidou Kassé a dû attendre le début des années 90 pour exploser. L’éclosion a eu lieu aux Etats-Unis au cours d’une série d’expositions et de rencontres. Il prend alors subitement conscience de la dimension culturelle de l’art et que de la nécessité d’opérer une rupture par rapport à la mouvance généralisée du mimétisme abstrait.

À côté de la peinture, Kalidou Kassé est aussi un spécialiste de la tapisserie. En suivant les traces de sa  grand-mère, ancienne tapissière dont il s’inspire, l’artiste choisit d’innover, sans jamais quitter son béret noir vissé sur un crâne dégarni. Innover, c’est chez lui une quête perpétuelle. Les Ateliers du Sahel, son nouvel espace de création, proposent des services dans des domaines aussi variés que la conception graphique de cartes de vœux, l’édition, l’illustration de couvertures de livres, la réalisation d’agendas. Ne ratez pas cette attraction quand vous êtes à Dakar. 

Découvrez le reportage d’Inspire Africa à Dakar