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"On greffe notre touche pour construire un cocktail unique"

Publié le 12 septembre 2018

Il se définit lui-même comme un perturbateur de l’artisanat marocain, qu’il aide à revisiter. Ses meubles, il veut qu’on les caresse. Chez Toufik Belaffari, architecte d’intérieur et designer haut de gamme, l’unique et le beau racontent une histoire. Celle d’un hommage à l’artisanat marocain, produit d’appel touristique sur le continent.

Sésame, ouvre-toi. Dans sa caverne magique de Marrakech, au sous-sol d’un immeuble de l’Hivernage, où il est installé depuis son retour au Maroc après une longue expatriation en France, Toufik Belaffari n’a rien à cacher. Il n’a rien volé, et surtout pas sa réputation, flatteuse. Celle d’un architecte d’intérieur et designer pointilleux, exigeant, créatif et audacieux, chez qui chaque pièce est unique. Jury dans des émissions TV de décoration d’intérieur, cet ardent défenseur de l’artisanat marocain est un « repat » émerveillé.

« Il m’a fallu 25 ans pour comprendre que la richesse était sous nos pieds, dans nos mains« , nous confie-t-il dans son antre créatif, éternel chapeau vissé sur le crâne. Cette richesse, c’est celle du savoir-faire de l’artisanat marocain, plus que jamais tourné sur l’Afrique. Cette Afrique sur laquelle Toufik Belaffari est polarisé. Entretien.

Vous avez d’abord fait carrière en France avant de rentrer au Maroc, duquel vous dites qu’il possède de l’or dans les mains de ses artisans. C’est pour eux que vous êtes revenus ?

Il ne jamais dire « fontaine je ne boirai pas de ton eau. » J’avais juré de ne jamais quitter Paris, qui était ma vie. Puis un jour, j’ai été missionné par des clients parisiens pour leur trouver des riads à Marrakech. C’était en 2000, en plein boom immobilier et économique. J’en ai eu marre des aller-retour en avion et j’ai compris que c’était à Marrakech que ça se passait. C’est ici que je suis vraiment devenu designer, dans les riads de Marrakech. C’est grâce à l’artisanat. J’ai découvert des artisans aux mains en or et au savoir-faire ancestral. J’apprend et je me nourris. Par contre, la retransmission de ce savoir-faire est encore trop mono-gamme, la culture de la copie est très forte, surtout à Marrakech. Il faut changer ça. Je suis un peu le perturbateur, celui que veut prouver aux artisans qu’ils peuvent faire autre chose. J’ai passé des heures à apprendre leurs verbes, leurs mots, leurs petites astuces pour me mettre à leur niveau et repartir ensemble dans le même pas. Mes pièces actuelles sont un hommage. Elles leur reviennent, c’est grâce à eux. La richesse de Marrakech c’est aujourd’hui cet artisanat ancestral revu et corrigé par des perturbateurs comme moi, arrivé avec nos idées et les connaissances acquises lors de nos études et voyages à l’étranger. On greffe notre touche pour construire un cocktail unique. En obligeant un artisan à évoluer et à faire autre chose, on lui donne les armes pour se différencier de son voisin. D’ailleurs, notre artisanat s’est énormément amélioré grâce aux petites touches importées de l’extérieur.

Ces petites touches comme vous les appelez, ont-elles sauvé l’artisanat marocain ?

Oui, en partie. Le Maroc était en train de perdre son artisanat et les métiers qui vont avec malgré sa richesse. Il y a eu un énorme effort de fait pour sensibiliser la jeunesse, la former, pour offrir des vitrines déterminantes dans les grands salons internationaux, notamment grâce à des aides financières de l’Etat. Depuis cet automne, il existe un label qualité distribué par le ministère de l’artisanat, qui permettra de redorer un blason qui a pu être sali par l’uniformisation et la copie. En 2018, notre artisanat est très diversifié car il en faut pour tous les goûts. Rien ne s’est perdu. Si vous voulez du 100% marocain en déco d’intérieur, on le fait. Si vous voulez reproduire votre cocon en apportant seulement une touche marocaine, on le fait aussi. On sait écouter, faire, refaire.

Et savez-vous aussi réutiliser pour réduire votre impact environnemental en redonnant des secondes vies à des matériaux ou pièces jugées inutilisables ?

Oui et c’est primordial de le faire. La déforestation des cèdres par exemple est une vraie catastrophe écologique. Il faut arrêter ce massacre. On aussi réussi à sensibiliser sur les chutes de bois pour développer la pratique de la récupération. On travaille sur le travail des bois plats, donc compactés, pour une finition extraordinaire.  Chez moi chaque meuble est unique, trouvable nulle part ailleurs. Vous pouvez vous payer la cousine, mais pas la soeur. J’aime travailler sur des seconds usages grâce aux invendables.

Cet artisanat et ce savoir-faire en décoration d’intérieur constituent-ils aujourd’hui un produit d’appel fort pour le Maroc en Afrique ?

Aujourd’hui toute l’Afrique regarde le Maroc. Moi je vais chercher des clients au sud et plus au nord. Le design et l’archi d’intérieur sont déjà des produits d’appel pour le Maroc en Afrique. Le train est lancé et il fonce vers un grand avenir. Je suis juste monté dans le wagon. Il y a beaucoup d’agences et de cabinets polarisés sur l’Afrique.