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Cape Town, de la carte postale au design re-fondateur

Publié le 20 septembre 2018

Capitale mondiale du design en 2014, Cape Town, qui fait de l’art son nouveau moteur de développement urbain, a su pérenniser sa réputation. La cité de carte postale est devenue une destination inévitable pour les amateurs de design et de déco.

@HeatherwickStudio

New York a son MoMA, Londres son Tate Museum, Paris son Centre Pompidou et Bilbao son Musée Guggenheim. Trop longtemps absente du gotha mondial de l’art contemporain, l’Afrique possède désormais son carton d’invitation pour le club des capitales artistiques. Le continent possède son bracelet VIP, merci au Zeitz MOCAA, inauguré en septembre 2017 à Cape Town, sur le site portuaire du silo à grains bétonné de 57 mètres de haut, qui avant la seconde guerre mondiale dominait toute l’Afrique subsaharienne. Modèle d’audace architecturale et de rénovation, le musée confirme la réputation de capitale africaine du design de la cité-mère d’Afrique du Sud.

Dans l’imagerie populaire de celui qui la rêve sans la connaître, Cape Town la californienne peut se résumer à ses vignobles, ses plages de sable blanc, ses surfeurs, sa route côtière aux quartiers balnéaires chics – comme Sea Point ou Clifton Bay – ses villas d’architecte tournant le dos à la célèbre montagne de la Table. Ou encore ses dîners aux langoustes en bord de mer, vue sur les baleines. La carte postale n’est pas mensongère mais elle est réductrice.

Southern Guild, le clou du spectacle

Capitale mondiale du design en 2014, Cape Town l’arty gentrifiée, cool et cosmopolite, mêlant business, tourisme, culture et nature, est aussi devenue la ville des fous de déco. Le nouveau district du Silo, tout proche du Waterfront où s’exhibe fièrement depuis un an le premier musée d’art contemporain africain, incarne cette réinvention fascinante, faisant du Cap une destination évidente pour les amateurs de design. Au Zeitz, on peut admirer des richesses africaines si typiques dans leur atypisme : des grandes cuillères en bois « afro », des vases, des coussins et des chemises en lin, des sculptures à base d’aloe vera. Un parfait complètement aux plus anciennes boutiques de décoration de la rue Kloof, à flanc de montagne.

Dans une rue voisine du MOCAA, près des docks du Waterfront, transformés en front de mer branché où se marient résidences de luxe, restaurants à la mode et boutiques de design, le magasin de la Southern Guild fait office de clou du spectacle. Si vous êtes fasciné par le design, ne ratez pas l’attraction. Cette plate-forme de designers sud-africains détonne par sa collection iconoclaste de pièces iconiques : des sièges en bois ultramodernes, une armoire en liège aux portes peintes façon baroque, des bijoux baignant dans des boules de résine translucide. Ou encore le James Brown Seating Pool de Porky Hefer, designer du crû, dont l’énorme objet suspendu en peau de mouton rappelle un gros nid d’oiseau.

©Rowan Pybus / Makhulu / WWF-SA

Une gentrification qui re-dessine la ville par le design

Pour comprendre ce Cape Town du design, ouvrir les portes des boutiques de créateurs du Central Business District et de Woodstock constitue un passage obligé. Quartier du centre historique, le Brooklyn sud-africain, avec son nom de festival hippie des « sixties », regorge de magasins vintage, de galeries et d’ateliers de création. Plusieurs complexes, comme le Woodstock Foundry et le Woodstock Exchange, accueillent créateurs et artisans qui ne se contentent pas de fabriquer et de vendre leurs produits sur place. La plupart du temps, ils y vivent. Symbole d’une gentrification au coeur de la mutation artistique et culturelle de la ville.

Chaque année depuis 1995, elle accueille le forum Design Indaba, qui rassemble les professionnels de l’Afrique et du monde entier. L’évènement organise la compétition du Most Beautiful Object in South Africa (MBOISA), qui chaque année récompense la créativité locale. Pour le designer marocain, Hicham Lahlou, fondateur des Africa Design Days, « le design peut être générateur de revenus en Afrique ». Cape Town l’a bien compris.