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Laolu Senbanjo, des Yoruba à Beyoncé

Publié le 27 juillet 2018

Laolu Senbanjo a quitté son travail d’avocat au Nigéria et s’est fâché avec ses parents pour tenter son rêve américain, à New York. Depuis, après des débuts difficiles, Nike et Beyoncé ont fait décoller une carrière inspirée par la mythologie yoruba, un groupe ethnique nigérian.

 

Douze danseuses filmées de profil et en noir et blanc, assises dans un bus à l’arrêt, la moitié du visage et le corps maculés du blanc de l’art yoruba. Elles se toisent, remuent dans une chorégraphie synchronisée, secouent la tête pendant que des reflets jaunes d’une boule à facette bon marché tournoient sur la tôle qui les encerclent. En voix off, Beyoncé parle pendant quarante secondes. Ces quarante secondes, introduction envoûtante du clip « Apathy », ont changé la vie de Laolu Senbanjo, artiste underground nigérian immigré à New York pour réaliser un rêve qui sans la diva de la pop ne serait peut-être resté qu’une utopie. Grâce à cette collaboration inattendue, cet ancien avocat  en droit des enfants et des femmes est devenu un nom. Une référence. Presque une marque à part entière.

Reconnu, courtisé, respecté, sollicité, Laolu Senbanjo fait briller l’Afrique outre-Atlantique, où il s’est installé, à Brooklyn, en 2013. Partisan de l’afro-futurisme, ce trentenaire très suivi sur Instagram puise l’originalité de son œuvre dans l’héritage des Yorubas, un groupe ethnique présent sur la rive droite du fleuve Niger et dont il est issu, lui le natif de Ilorin, capitale de l’État de Kwara.

 

Créateur éclectique, touche-à-tout et engagé, qui a commencé sa carrière 2006 en dessinant des formes ethniques blanches ou colorées, combinant des lignes et des courbes – qu’il surnomme depuis 2007 Afromysterics, il clame que « tout peut être peint« . Son mantra pourrait tout aussi bien être le slogan de Nike, « Just Do It ». Son destin, Laolu Senbanjo,  également musicien et acteur – dans la websérie « Assorted Meat », se l’est créé en suivant son instinct. En faisant.

Beyoncé et l’appel de la mythologie yoruba

Il y a cinq ans , il plaque son boulot et sa vie toute tracée par la pression familiale, « mes parents ont toujours voulu que je sois médecin ou avocat« . Il quitte le Nigéria pour tenter sa chance chez l’Oncle Sam. Direction Brooklyn. « Je pensais naïvement qu’en arrivant tout serait facile, que j’allais décoller. Le choc a été terrible, heureusement que j’avais mes économies. J’allais de galerie et galerie pour m’entendre dire que mon art ne se vendrait pas ici. Parce que je n’avais pas d’agent, les gens me disaient que je n’y arriverai pas », se souvient-il. La désillusion est d’autant plus indigeste que ses parents, fâchés par sa décision, ne lui parlent plus et refusent de l’aider financièrement.

Pour s’en sortir, il invite son art dans les cafés, prenant sa commission à chaque chaland séduit. Un jour il customise une paire de chaussures et la donne à Moshood, un commerçant ami de Brooklyn. Laolu Senbanjo peut peindre sur des corps, mais aussi des tableaux, des murs, des vêtements, des guitares. Et donc des chaussures. Celles de Moshood interpellent et ses premiers clients accourent, pour 100 dollars la paire. En 2015, Nike lui demande de créer une édition limitée de la Air Max 90, avec t-shirts et posters en plus.

« C’était un grand moment de ma carrière. Puis Beyoncé est arrivée », assure l’intéressé. Un soir de 2015, il atteint un premier zénith quand l’agence de Beyoncé lui envoie un email pour lui demander de venir à la Nouvelle-Orléans participer à son clip. « Apparemment elle m’avait trouvé elle-même sur Instagram. Je pensais au début que c’était une blague. Huit mois après, le clip est sorti et tout le monde s’est demandé qui était ce gars qui avait travaillé avec Beyoncé« . Ce qui a attiré l’ancienne chanteuse des Destiny’s Child, ce sont les références de Laolu Senbanjo aka « Laolu NYC » à la mythologie Yoruba. « Elle en connaissait déjà beaucoup quand on s’est rencontré« , assure l’artiste. Il est fier d’avoir démocratisé l’histoire de son peuple. D’avoir modernisé une mythologie. C’est aussi cela le patrimoine africain qui inspire.