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"Le monde est de plus en plus demandeur de créativité africaine"

Publié le 06 novembre 2018

Partout sur le continent, de Nairobi à Casablanca en passant par Dakar et Abidjan, les scènes créatives locales explosent. Le divertissement bouillonne. Au Nigéria, l’Afrinolly Creative Hub marie tech et art pour incarner l’entertainment africain. Entretien.

Un hub de Nollywood pour permettre l’éclosion des jeunes talents créatifs africains, qui ne demandent qu’à s’épanouir en créant des contenus partagés dans le monde entier : voilà comment Mark Zuckerberg en personne a défini  l’Afrinolly Creative Hub lors de sa visite à Lagos, en août 2016. Contraction des mots « Afrique » et « Nollywood », qui doit-on le rappeler est la troisième industrie cinématographique mondiale, Afrinolly incarne le futur de l’entertainment africain.

Opérationnelle depuis 2011, cette structure originale modèle est auto-financée par les revenus générés auprès des marques qui la sollicitent comme agence de technologie média. Lauréat du premier Google Android Developers Challenge Sub-Saharan Africa dans la catégorie Entertainment pour son application mobile, Afrinolly organise le plus grand festival africain de court-métrage, l’Afrinolly Short-film Competition. En plus de proposer régulièrement des stages intensifs comme le récent Naija Storybuilders Bootcamp, dirigé par Dayna Lynne North et Amy Aniobi, auteurs et producteurs de la série à succès de HBO, « Insecure ».

Pour comprendre les enjeux et l’impact de ce hub inspirant, My Chic Africa a rencontré Bobola Oniwura, Creative Intelligence Director d’Afrinolly.

Quelles sont à la genèse l’idée et l’ambition derrière la création d’Afrinolly ?

L’idée de départ est de créer une plate-forme d’expression pour la jeune génération émergente de talents créatifs au Nigéria, et par extension en Afrique. L’ambition est aussi d’utiliser la technologie pour servir une meilleure organisation de Nollywood. C’est à dire institutionnaliser les « best practices » globaux de l’industrie et intégrer les réalisateurs de la nouvelle génération, très portés sur le digital. C’est comme ça qu’est né l’Afrinolly Creative Hub, qui est le premier espace de création nigérian ouvert à la fois aux réalisateurs, aux scénaristes, aux développeurs web et mobile, aux spécialistes des effets spéciaux. Nous pensons sincèrement que la technologie peut aider les créatifs africains à faire mieux avec des budgets moindres, comparés à ceux en Europe et aux Etats-Unis par exemple.

Quel est aujourd’hui le rôle et le poids de ce hub sur la scène créative au Nigéria ?

Afrinolly a su devenir un centre d’entraînement et de formation pour les nouveaux talents créatifs nigérians. Il offre un vrai soutien au développement d’idées créatives. Il faut aussi le voir comme un think tank au service de l’industrie de l’entertainment. Afrinolly facilite les échanges et les réseaux parmi les acteurs de l’industrie chez nous, mais aussi entre l’Afrique du divertissement et l’international pour tout ce qui concerne la production et la distribution de contenus vidéo. En partenariat avec Facebook, nous gérons au Nigeria le programme de formation « Facebook for Creators », qui s’occupe de 5000 étudiants en journalisme et créateurs de contenus. On leur fournit les outils technologiques disponibles sur Facebook et Instagram pour leur permettre de faire grandir leur communauté et de mieux engager avec elle, de construire leur marque et de promouvoir leurs contenus. On collabore également avec la Henley Business School pour former et entraîner les dirigeants de l’industrie de la créativité à mieux tirer profit des opportunités offertes par Nollywood.

Si on vous comprend bien, mixer art et technologie constitue la meilleure arme de la créativité africaine pour répandre son message à travers le monde ?

Avant Internet, le monde n’était pas exposé à la créativité africaine. Mais aujourd’hui un jeune homme peut de Lagos créer un contenu vidéo viral qui traversera les frontières. Notre musique, notre art, nos contenus sont partagés à travers la planète grâce à la technologie. Avec elle, l’Afrique a pu surmonter des années d’anonymat pour donner une voix, des moyens d’expression et des budgets conséquents aux créateur africains pour faire résonner leur art dans le monde entier. En Afrique le premier contact avec le Web est le smartphone et ce qui était au départ un challenge est devenu une opportunité. Pourquoi ? Parce que pendant que le reste de la planète assure sa transition mobile, l’Afrique est déjà « mobile first » et parfois même « mobile only. ». Le champ des possibles dans l’économie du mobile est inimaginable.

Peut-on donc dire qu’Afrinolly représente un exemple de ce dont a besoin l’Afrique pour permettre l’épanouissement et l’éclosion de ses talents créatifs ?

Ce que nous avons je pense réussi à créer avec le hub et l’écosystème Afrinolly est une solution sur-mesure pour l’Afrique et d’autres pays en voie de développement à travers le globe. Il n’y a qu’une structure comme la nôtre qui puisse aider les créateurs de contenus à relever les nombreux défis auxquels ils sont confrontés en Afrique et dans ces autres pays. Une structure comme la nôtre ne garantit pas seulement la survie des nouveaux talents créatifs mais leur épanouissement. Vous savez, chaque nation du BRIC a adopté notre modèle comme politique nationale de soutien au développement de l’industrie créative. Elle est soutenue comme l’industrie technologique l’a été avant elle. En Afrique, elle représente la deuxième source de richesse derrière le pétrole et je peux dire sans me tromper que le monde est de plus en plus demandeur de créativité africaine.