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Raconter des histoires en fringues, une constance créative africaine

Publié le 03 janvier 2019

La styliste kenyane Katungulu Mwendwa incarne l’introspection identitaire d’une mode est-africaine en quête de reconnaissance continentale. Invitée surprise à la Fashion Week de New York en 2012, elle a depuis fait de sa marque un havre de confiance en soi.

Je crée donc je suis. Ce paradigme descartien est celui de Katungulu Mwendwa. Attablée à la terrasse extérieure d’un restaurant fusion tendance de Nairobi, la jeune styliste kenyane résume sa philosophie, si représentative de la nouvelle génération de la scène créative du Nu Nairobi : « Marier modernité et tradition en centrant mon travail autour de ma personnalité. Quand on porte un de mes vêtements, on entre dans ma vie et mon identité. » L’ambition artistique est audacieuse et c’est ce qui fait la force de cette fashionista passionnée, expatriée temporaire au Royaume-Uni le temps de ses études universitaires.

Après avoir tenté pendant trois ans l’aventure commerciale de boutiques physiques à Nairobi, où elle a grandi, elle a rapatrié sa distribution en ligne et dans ses pop-up stores temporaires en Afrique, là où sa clientèle de 30-45 ans connectée et plutôt branchée réside. Là où elle achète son coton (Ouganda) et fabrique l’ensemble de ses créations. Certains t-shirts sont même conçus dans l’usine écolo et fairtrade de Wildlife Works, que My Chic Africa a visitée. Avec ses deux collections annuelles de 15 à 20 pièces, dont six sont unisexes, Katungulu Mwendwa veut séduire « les gens stressés et contrariés, pas le marché de masse« , assume-t-elle avec le sourire en buvant un café latte.

Raconter son histoire dans des vêtements

Pour celle qui considère les grandes attentes occidentales et asiatiques autour des jeunes créateurs africains comme « une opportunité historique à ne pas rater car l’Afrique a tellement de talents à montrer« , l’aventure de sa marque éponyme, a commencé à New York en 2012. Elle n’a encore aucune collection à vendre mais elle se fait inviter à la Fashion Week de la Grosse pomme après avoir été repérée au Tribal Chic Show. « J’ai dû créer 15 modèles en deux mois, une expérience super enrichissante. Malheureusement derrière cette exposition n’a débouché sur rien de concret immédiatement parce que je n’étais absolument pas prête », se souvient-elle sans amertume.

Il lui faudra deux ans pour monter sa marque et lui adosser un modèle économique flexible. « Comme beaucoup de designers, je veux raconter une histoire avec mes créations, mais au Kenya il fait être subtil dans sa créativité vestimentaire« , ajoute celle dont chaque pièce vaut entre 100 et 500 dollars, sauf pour les t-shirts, vendus eux en moyenne à 80 dollars. Le discours corrobore le diagnostique du directeur créatif Sunny Dolat, que My Chic Africa avait aussi rencontré à Nairobi : au Kenya, la culture de la sape est conservatrice, pudique et utilitaire.

« Le sentiment que le monde m’appartient »

« Nous autres designers sommes affectés et influencés par ce qui se passe ailleurs en Afrique. On regarde, on observe et s’inspire. Au pays, le duo de 2 Many Siblings, des hipsters très streetwear-centrées, marie par exemple culture et fashion pour influencer une créativité kenyane qui dans la mode reste encore une scène émergente. Rien à voir avec la reconnaissance internationale dont profitent par exemple l’Afrique du Sud et le Nigéria« , développe Katungulu Mwendwa.

Selon elle, la définir comme africaine est trop restrictif. « Grâce à aux outils numériques, dont Instagram, les designers du continent ne se heurtent plus à des barrières pour se faire un nom à l’étranger. Moi, j’ai le sentiment que le monde m’appartient », précise celle qui résume la pensée originelle de ses créations en trois mots : confiance en soi.