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Le retour aux sources culinaire d'un "repat" congolais épanoui

Publié le 28 août 2018

 

Après s’être construit un CV ronflant et une flatteuse réputation en Europe, le Congolais Christian Yumbi, vainqueur de l’émission TV « Star Chef », est revenu à ses racines il y a dix ans. Il a fait de « Re-Source » un restaurant aujourd’hui incontournable de Kinshasa pour les amoureux d’une cuisine hybride authentique et légère.

En bord de piscine, la cuisine est ouverte sur un petit jardin atemporel pour hédonistes du goût. Epicurien de la cuisine, Christian Yumbi aime l’idée que la sensation serait à l’origine de toute connaissance. Il partage les deux dans le décor intimiste et chaleureux de Re-Source, son restaurant de Kinshasa, dans la commune huppée de la Gombe, où il accueille et sert personnellement chaque client. Les petits beignets au gingembre, très parfumés y donnent le ton dès l’apéritif.

 » Ce qui importe le plus pour moi, c’est le plaisir de mes clients, lorsqu’ils dégustent par exemple un plat de légumes à sucer, à croquer ou à boire. Ma cuisine est entre le traditionalisme et la modernité en restant toujours authentique. J’aime revisiter des plats typiques de ce Congo où je me sens plus libre que n’importe où ailleurs », assure avec l’humilité qui sied à sa réserve le jeune chef de 42 ans, premier noir à être élu meilleur jeune chef de Bruxelles dans le guide Gault Millau.

Autodidacte passionné des fourneaux, le natif de Lubumbashi est un « repat » épanoui qui s’est d’abord construit dans la capitale belge avant de revenir en République Démocratique du Congo pour retrouver une sérénité identitaire. Pour ne plus être d’abord « l’étranger« . Etudiant en sciences du travail à l’université libre de Bruxelles, il nettoyait la vaisselle dans des restaurants pour payer ses études. Il se rêvait alors fonctionnaire.

Un adepte du Slow Food consacré par le Gault & Millau

Mais la gastronomie est venue à lui, « c’était mon destin« , comme un amour de vacances estivales frappant à votre porte l’hiver suivant. Après avoir obtenu un master au Ritz-Escoffier à Paris, Christian Yumbi devient le premier noir à intégrer l’équipe du Ritz Hôtel Paris avant de faire ses classes en pâtisserie chez Debailleul à Paris, puis de revenir en Belgique lustrer son CV et se construire une réputation. Après avoir confirmé son talent culinaire au Sea Grill d’Yves Mattagne, un des grands chefs belges, et au Grill aux herbes d’Evan, il ouvre son propre établissement dans la capitale européenne en 2004.

Premier retour aux racines et premier « Re-Source », fidèle à l’esprit du mouvement « Slow Food » dont le chef congolais se veut un symbole. À sa manière. En 2008, deux ans après la reconnaissance par le prestigieux guide gastronomique Gault & Millau, il décide de rentrer au pays pour donner priorité à sa famille. Et ses racines. Deuxième retour aux sources. Second « Re-Source », à Kinshasa. Dans la capitale congolaise, il profite de la qualité des produits frais. Que ce soit au dépôt de la ferme qui l’approvisionne en légumes de saison bio, ou à la pêcherie locale qui le livre à domicile.

Former et inspirer la jeunesse, une priorité panafricaine

Fier de présenter sur sa carte des plats spécifiques à chaque province du pays, Christian Yumbi réussit à innover avec des créations légères dans lesquelles « chaque produit garde son goût. » Les très populaires feuilles vertes, par exemple, il les prépare seules, sans forcer sur l’huile et la cuisson, contrairement aux habitudes locales. Il y a quatre ans, il participe au jeu concours TV panafricain « Star Chef » et s’impose devant dix autres chefs du continent.

Avec les 10 millions de francs CFA qu’il empoche, il crée notamment un centre de stage dans un quartier populaire de Kinshasa, véritable pépinière destinée à former de futurs cuisiniers. Pour lui, qui a aussi ouvert une école d’hôtellerie à Lubumbashi, il est primordial de mettre en valeur le travail de restaurateur en Afrique. La raison ? Montrer aux jeunes qu’ils peuvent apprendre ce métier et en vivre. Lui même emploie 20 salariés. C’est ce qui s’appelle la preuve par l’exemple.