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L'art de recycler, un savoir-faire africain

Publié le 25 juin 2018

La société kenyane Ocean Sole fabrique des sculptures d’animaux esthétiques et amusantes à partir de… tongs récupérées sur les plages. Elle cherche aujourd’hui à exporter son modèle dans le monde entier.

Aucun flip ni de flop, juste des flip-flops. Les artistes contemporains ont souvent utilisé des déchets et des détritus pour composer certaines de leurs pièces. Le procédé est connu sans non plus être galvaudé. Quand Niki de Saint Phalle récupére du plâtre, du grillage et des jouets pour imaginer sa robe de mariée, dans son atelier new-yorkais,  Marcel Duchamp laisse s’accumuler de la poussière sur une plaque de verre pendant plusieurs mois avant de demander à Man Ray de photographier son Elevage de poussière. Julie Church a elle eu un déclic en se promenant sur une plage kenyane… Ce jour-là, des enfants ramassaient sur le sable des tongs (les anglo-saxons les appellent flip-flops) rejetées par l’océan. Leur ambition ? Les transformer en jouet.

Depuis des années, cette amoureuse de la nature et de la mer en particulier se désolait de voir autant de sandales en plastique polluer les côtes de son pays. Ce problème ne concerne pas uniquement l’Afrique de l’est. Loin de là. Chaque année, environ trois milliards de tongs sont jetées par leurs propriétaires et finissent dans les océans. Pour lutter contre ce fléau, Julie Church a demandé à des villageoises d’utiliser des flip-flops pour fabriquer des animaux colorés aussi mignons que joyeux…

“Pour faire une petite pièce, il nous faut quatre tongs”

Les premiers lions et girafes fabriqués par des femmes de la communauté Kiwayu ont été vendus à Nairobi dès 2000. Cette année-là, l’association de protection des animaux WWF Suisse a commandé 15.000 petites tortues à ce qui n’est alors qu’une modeste association. En 2005, l’entrepreneuse a décidé d’aller plus loin en lançant Ocean Sole. Depuis sa création, cette société a récupéré plus de 1000 tonnes de tongs sur les plages afin de les transformer en objets d’art. Le processus de fabrication est toujours le même…

« On reçoit dans notre atelier les flip-flops que l’on nettoie et que l’on trie avant de les poncer et de les coller les unes aux autres, nous raconte David Kaloki, qui travaille depuis cinq ans pour Ocean Sole. Nous commençons ensuite à les sculpter. Pour faire une petite pièce, il nous faut quatre tongs contre dix pour un objet d’une vingtaine de centimètres. » Histoire d’alléger le poids de la sculpture, les hippopotames, les rhinocéros et les ours grandeur nature sont, eux, fabriqués sur une base de polystyrène – qui sert d’isolant dans les conteneurs avant d’être jetés dans des décharges. Depuis quelques années, la PME kenyane, qui compte 72 artistes mais fait vivre près de 900 personnes, ne cesse de se développer.

Flip the Flop into art

« Nos premières commandes venaient surtout d’aquariums et de musées aux Etats-Unis mais aujourd’hui, l’Europe est notre plus grand marché, se félicite Joe Mwakiremba, le directeur des ventes de la société. Nous sommes présents dans pas mal de boutiques. Nous voulons aussi convaincre de grands groupes de nous passer des commandes pour qu’ils remplacent leurs cadeaux d’entreprises en plastique avec nos animaux qui participent à la protection de l’environnement. Récemment, la banque BNP Paribas nous a ainsi acheté 10.000 petits rhinocéros qu’elle va offrir à ses clients. »

L’avenir semble radieux pour cette entreprise. « Notre technologie permettrait de transformer ces tongs en matelas pour les camps de réfugiés, raconte Katie Carnelley, la cheffe de produit d’Ocean Sole. Nous voulons aussi exporter notre concept dans le reste du monde. On trouve en effet des tongs sur toutes les plages de la planète. L’idée est de proposer dans une boîte les recettes qui nous ont permis d’être là où nous sommes aujourd’hui. Nous avons noué des contacts sérieux dans plusieurs pays et notamment au Venezuela, au Mexique, au Guatemala, au Pérou, en Egypte, en Inde et en Indonésie. » Le slogan de la société est « Flip the Flop into art », que l’on pourrait traduire par « transformer un fiasco en art ». Pari tenu.