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Olivier Tébily, des pelouses d'Eléphants aux vignes de Cognac

Publié le 30 juillet 2018

Depuis cinq ans un ancien footballeur international ivoirien s’est fait une place dans l’univers très sélect du Cognac. Olivier Tébily, 42 ans, est le premier viticulteur noir producteur de cognac.

Un artisan passionné. Voilà comment Olivier Tébily aime être défini. Un nom trop commun et un adjectif pas assez immodéré pour synthétiser un parcours iconoclaste et une personnalité charismatique. L’histoire de cet ancien footballeur professionnel, jeune quadragénaire retraité des pelouses depuis 2008, mériterait une narration beaucoup plus vantarde et dithyrambique. Celle d’un adolescent fils d’immigrés ivoiriens qui pour se faire de l’argent de poche, décide de faire les vendanges et se découvre un amour viscéral pour les vignes.

Celle d’un jeune footballeur qui avec l’argent de son premier contrat achète ses deux premiers hectares. Celle d’un trentenaire qui exilé à Toronto pour terminer sa carrière décide de casser un contrat de quatre ans pour arrêter le ballon rond et revenir « à la maison », à Cognac, près de Poitiers où il a grandi après être arrivé enfant de Côte d’Ivoire. Collégien il voulait devenir avocat, comme son père. Lycéen, il rêve de foot et de raisins.

La belle histoire inédite du cousin de Didier Drogba, l’icône ivoirienne du ballon rond, c’est aussi celle d’un ancien joueur de Premier League, le championnat de football le plus médiatisé au monde, qui pendant quatre ans apprend le métier sans être payé auprès d’un producteur charentais. Celle enfin du seul noir propriétaire viticulteur, qui a dû « choqué beaucoup de vignerons en entrant dans un monde où les vignobles sont généralement transférés de père en fils », nous explique-t-il.

22 hectares et sa propre distillerie

Perçu comme un ovni par ses nouveaux voisins, Olivier Tébily combat méfiance et défiance pour imposer sa marque de cognac, lancée en 2013. Déjà propriétaire de restaurant à Cognac, où il nous accueille lors du festival Cognac Blues Passion, il raconte avec encore un peu d’émotion qu’il aura « malheureusement » fallu le décès de son fils unique pour que Jean-Michel Lepine vende son domaine à celui qui depuis des années l’aidait sans rien demander. Cette histoire digne d’un scénario hollywoodien, c’est celle d’un pionnier.

Mais voilà, Olivier Tébily, qui a porté 18 fois le maillot de l’équipe nationale de Côte d’Ivoire, est humble. Comme celui qui travaille la terre sept jours sur sept. Son bonheur, ce sont les silences des vignes, pas les monologues de salon pour se raconter. Il possède aujourd’hui 22 ha et sa propre distillerie, à Salles-d’Angles. Ses bouteilles de VS, VSOP, de XO et de Très Vieux Cognac parlent pour lui. Vendu principalement en France et un peu en Afrique de l’Ouest, son spiritueux de luxe s’est fait une place dans la cour très sélect du plus célèbre brandy du monde.

« Les gens du coin étaient très, très surpris qu’un footballeur africain viennent ici faire la même chose qu’eux. Ils ne pensaient pas que je serais capable d’y arriver, car c’est beaucoup de travail et c’est difficile. Je n’essaye pas d’impressionner qui que ce soit, j’aime profondément ce métier et je veux aller le plus loin possible« , confie-t-il. C’est presque logiquement qu’il y a trouvé une première porte d’entrée pour son Cognac en Afrique. Il ambitionne à terme de faire du continent son premier marché.