This page needs JavaScript activated to work. style>

Blinky Bill, une musique africaine avec un grand sens de l'aventure

Publié le 19 novembre 2018

Compositeur et producteur, Blinky Bill est un DJ influent en Afrique de l’est. Figure incontournable de la scène créative de Nairobi, l’artiste kenyan, découvert avec le groupe Just A Band, surprend et séduit avec son premier album solo. Il envoie un message.

Depuis quatre ans, Blinky Bill fait le tour des conférences TED à travers le monde pour digresser sur l’avenir de la musique africaine, lui le philosophe et inventeur iconoclaste avide de différence et d’éclectisme. Au sein du groupe Just a Band, le compositeur et producteur de Nairobi est devenu une figure incontournable de la scène musicale est-africaine. Avec son premier album solo, « Everyone’s just winging it and other fly tales », Blinky Bill pousse la liberté créative à son paroxysme. Et My Chic Africa adore.

En mariant groove et électro, celui qui a récemment enflammé le MaMa Festival de Paris sait trouver des sons pour faire danser et des rythmes pour faire planer. Chez lui, le funk, le jazz, la dance et l’électro sont des inspirations permanentes, sans jamais oublier ses racines africaines. Inspirants, ses messages et sa vision peuvent l’être pour ceux qui ne se contentent pas d’entendre mais qui écoutent. Grâce à son label Lusafrica, My Chic Africa a pu discuter avec Blinky Bill pour parler d’Afrique et de musique.

La créativité africaine est très tendance mondialement depuis maintenant deux ans, surtout dans la mode et les arts plastiques. Est-ce que vous sentez un vent nouveau d’attractivité souffler sur la musique africaine ?

J’adore le fait que l’Afrique profite enfin de la reconnaissance qu’elle mérite depuis si longtemps mais je me méfie de l’effet de mode inhérent à l’établissement d’une tendance. L’histoire récente prouve qu’il est très facile pour une tendance d’être jetée aux oubliettes après été presque galvaudée par un trop plein d’attention. L’Afrique a tellement à donner que je ne voudrais pas qu’elle disparaisse des radars sans avoir démontré son potentiel maximum de créativité.

En parlant de tendance et de perception de ce qu’est la créativité africaine par le reste du monde, n’est-ce pas frustrant pour vous d’être avant-tout défini comme un artiste africain et non pas d’abord kenyan ?

Cela me va d’être d’abord perçu comme un artiste africain. Je suis Kenyan mais ce qui compte ce sont les idées que je porte et répands. Je représente une certaine philosophie, qui est la mienne. Si dans certains endroits elle est vue comme kenyane, ça me va. En fait, je le répète mais le plus important ce sont les idées.

Justement, pouvons-nous aujourd’hui parler d’une scène musicale panafricaine et est-ce pour vous une ambition, voire une utopie, nécessaire pour assurer une meilleure exposition mondiale aux artistes du continent ?

L’Internet a permis à notre musique d’être beaucoup plus écoutée et bien mieux comprise que jamais auparavant dans le reste du monde. Si un musicien produit quelque chose de bien, il y a de grandes chances que son oeuvre ne reste pas anonyme et soit connue au-delà de ses frontières. Ce postulat résume le monde dans lequel nous visons et l’art n’a pas de frontières. Moi par exemple, étant donné mes goûts, ma vision des choses et ma philosophie de vie, je me sens plus connecté avec un artiste pakistanais, australien, chinois, français ou sud-africain qu’avec un compatriote. Pour la scène musicale du continent, cette utopie du panafricanisme est réalisable et en effet nécessaire.

Dans ce paysage créatif panafricain en gestation, qu’est-ce que vote musique apporte ?

J’apporte de la différence. Mon son ne rentre pas dans les codes classiques africains et c’est ce que je veux. Par exemple, j’ai mis beaucoup de temps à apprendre que Daft Punk, Cassius et 20syl étaient français et je veux faire en sorte que ma musique dépasse les frontières, que les gens se demandent d’où je viens en dernier, pas en premier. 

Où se situent donc les degrés d’africanité dans votre musique ?

Ma musique est difficile à définir si on veut la classer dans un genre parce que je mélange énormément de sons. J’ai un immense respect pour les artistes africains qui ont forgé ma culture et que j’ai énormément écoutés: Hugh Masekela, Salif Keita, Angelique Kidjo, Fela Kuti… Mais aujourd’hui je suis arrivé à un point de mes envies créatives où je veux emprunter un autre chemin. J’aimerais qu’on dise que ma musique est africaine avec un grand sens de l’aventure.

Le photographe kenyan Osborne Macharia nous disait il n’y a pas si longtemps que la photographie africaine était entrée dans une nouvelle ère. Diriez-vous pareil de la musique africaine ou est-africaine ?

Elle entre dans une nouvelle phase, oui. C’est encore du présent. La scène musicale de Nairobi est très éclectique, tous les jours des supers artistes débarquent et à un moment il sera trop difficile de continuer de l’ignorer.

Vous dites « ignorer » parce que vous avez le sentiment comme beaucoup d’autres artistes du NuNairobi d’être sous-estimés et pas assez considérés par l’Afrique de l’ouest et l’Occident ?

Je peux comprendre que des grands pays comme le Nigéria, le Brésil et les Etats-Unis consomment leurs propres productions nationales, tandis que des petits pays comme le Kenya consomment de la musique venant majoritairement de l’extérieur.  Mais c’est justement ce phénomène qui génère une frustration légitime, celle d’avoir le sentiment de ne pas considéré dans des pays que nous mettons sur des piédestaux.