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Zouglou : le temple de la musique

Publié le 17 mai 2018

C’est un temple vers lequel les amateurs se rendent comme pour un pèlerinage. C’est un monument musical qu’il est conseillé de visiter le dimanche lorsqu’on se trouve à Abidjan.

Zouglou l’Internat est le lieu où tout a commencé. Situé dans le quartier populaire de Yopougon Niangon, ce maquis ressemble à beaucoup d’autres de ces espaces typiquement ivoiriens dans lesquels les gens viennent se désaltérer en grignotant des encas. Les bières sont posées sur des morceaux de glace dans de grands bols en métal. Mais les chaises en plastique sont vite délaissées par les clients qui se lèvent avant de se déhancher et de danser. L’Internat est en effet l’endroit où le zouglou est né…

Né au début des années 90 sur le campus universitaire d’Abidjan lorsque le pays était déchiré par des troubles politiques, ce genre musical s’est inspiré de l’Alloukou, un rythme et une danse de réjouissance du peuple Bété originaire du centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Mais le zouglou est bien plus qu’une musique sur laquelle les amateurs remuent leurs bassins et leurs muscles fessiers. C’est aussi et surtout une véritable philosophie basée sur la culture de l’amour, du partage, de l’amitié et de la fraternité.  Les paroles des chansons évoquent la justice et la paix. Elles dénoncent également les inégalités, la corruption, les excès des politiciens et les revendications des jeunes ivoiriens.

Les stars du foot comme ambassadeurs

Magic System, un groupe de quatre garçons venus des quartiers populaires d’Abidjan, a permis au zouglou de se faire connaître en dehors de la capitale économique du pays. Leur premier single, « Premier Gaou », décrit les déboires sentimentaux d’un jeune homme un peu trop naïf. Plusieurs vedettes du ballon rond leur ont permis d’accroître leur notoriété. Dans le clip de leur duo avec Khaled, intitulé « Même pas fatigué », Franck Ribéry faisait une apparition. La vidéo du titre « Chérie Coco » chanté avec Soprano permet, elle, de voir Yaya Touré, le milieu de Manchester City et plusieurs fois élu meilleur footballeur africain, ainsi que Gervinho, une autre vedette ivoirienne du ballon rond aujourd’hui exilé en Chine. Magic System a permis à d’autres groupes de zouglou de percer sur la scène musicale comme Soum Bill, Les Garagistes, Espoir 2000, Les Mercenaires ou Les Patrons.

La fête dominicale rêvée de tous les lycéens

Pour écouter des talents confirmés ou découvrir de nouveaux groupes, l’Internat reste un lieu incontournable de la scène ivoirienne. Depuis son inauguration en 2009, cet espace de 1000 m2 est géré par Aimé Mélèdje, plus connu sous le nom de d’Aimé Zébié. Cet ancien propriétaire de taxis a imaginé ce lieu sur un coup de tête. « L’idée de créer le maquis est née en 2009, explique t-il à Canal225.  A Marcory, il y avait le maquis le Lycée qui nous égayait tous les vendredis soir. Après la fermeture de cet espace, on a senti que le zouglou battait un peu de l’aile. On a commencé à chercher un espace pour construire le maquis. Dieu merci, on en a trouvé un à Yopougon-Niangon, juste derrière l’endroit où j’habitais. »

Le nom de ce lieu ouvert le dimanche de 16 heures à 22 heures n’est pas du au hasard… « On a choisi de l’appeler L’Internat pour faire comme si nous étions au lycée, raconte Aimé Zébié. Il y avait le maquis Le Lycée qui ouvrait les vendredis soir. Le Garage, le maquis du groupe Les Garagistes, ouvrait les samedis. Nous nous sommes dits que si les lycéens quittent Le Lycée les vendredis soir pour aller au Garage le samedi, il fallait qu’ils rentrent à l’Internat le dimanche soir avant de reprendre les cours le lundi matin. » Cette règle s’applique aussi aux salariés qui retournent au bureau en début de semaine…