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Entre dunes, sel et océan, le “Dakar” comme si vous y étiez

Publié le 25 mai 2018

Slalomer entre les montagnes de sel sur les rives du Lac Rose avant de longer l’océan à toute vitesse au guidon d’un quad… Une expérience assez chic pour pour vous la faire vivre.

Difficile de ne pas rugir de plaisir dans ce paysage qui semble tout droit sorti d’une peinture fauve. Le rose tendre du lac, le bleu profond du ciel, le blanc immaculé des montagnes de sel… Le quad slalome entre ces touches de couleurs laissées là par un peintre imaginaire. Debout sur les repose-pieds, les cheveux au vent et le pouce sur l’accélérateur, il est difficile de ne pas se prendre au jeu. Retour vers le futur, bienvenue dix ans en arrière.

Après quinze jours d’une course éreintante partie de Lisbonne, la dernière ligne droite est enfin là. Le Lac Rose a été pendant trois décennies la destination finale des concurrents du Dakar. C’est au bord de ce plan d’eau de 5 km2 que Cyril Neveu, Hubert Auriol, Stéphane Peterhansel et Cyril Despres ont fêté leurs victoires en moto. Pour retrouver -un peu- les sensations qui devaient être les leurs tout en savourant un paysage sauvage hors du commun, quoi de mieux que d’enfourcher un quad et de partir plein gaz vers ces eaux couleur bonbon un brin fantasmatiques.

Après un rapide arrêt pour laisser passer un troupeau de vaches aux longues cornes pas impressionnées pour un pneu par le bruit de nos moteurs, il est temps de rejoindre les rives de ce lac naturel situé à 35 kms au nord-est de la capitale sénégalaise. Le teint des eaux change en fonction des saisons. Le rose devient plus vif lorsque la cyanobactérie, qui fabrique un pigment rouge pour résister à la concentration de sel, est particulièrement active durant la période où les vents sont les plus violents, de janvier à mars.

La chorégraphie poétique des pêcheurs de sel

En cette fin fin avril, la chaleur est lourde. Pas un souffle d’air pour rafraîchir la touffeur ambiante. Le temps est idéal pour les « pêcheurs de sel ». C’est pendant cette saison que la concentration de chlorure de sodium est la plus élevée à Retba, le véritable nom du Lac Rose. Y faire du quad c’est aussi rencontrer ses quêteurs d’or blanc.  « Un litre d’eau contient 380 grammes de sel, explique Paté Wade, qui vit là depuis vingt ans.

En ce moment, environ 500 hommes sont à la récolte. Il y a en de plus en plus chaque année car tout le monde peut venir travailler ici. Il n’y a aucune limite fixée par les autorités. La plupart de ces indépendants sont des étrangers venus du Mali et de Guinée. On trouve aussi des Ivoiriens et quelques Sénégalais. Car si le boulot est dur, il rapporte aussi pas mal d’argent. » Pendant cinq heures chaque matin, les hommes ramassent le sel à l’aide de corbeille en osier. Il se trouve sous leurs pieds.

Le spectacle est fascinant. Une chorégraphie presque poétique De l’eau jusqu’à la taille, ils répètent inlassablement le même mouvement. Ils raclent le fond du lac avec leur corbeille avant de la hisser à bout de bras vers des barques en bois qu’ils ont, pour la plupart d’entre eux, loué pour la journée. Durant la matinée, un homme ramasse en moyenne une tonne de sel qui lui rapporte, au cours actuel, 20.000 francs CFA (30,50 euros), une jolie somme dans un pays où le salaire minimum mensuel atteint tout juste 52.500 francs CFA (80 euros).

De retour sur la terre ferme, les « pêcheurs » sont attendus par des femmes qui se chargent de trier le sel. « Il existe trois qualités, explique Paté Wade. La fleur de sel est la plus recherchée et la plus rare. Le moyen grain est consommé sur place et le gros grain est destiné à l’export pour être utilisé sur les routes lorsqu’il gèle. » A l’ombre d’un énorme tas de sel haut de plus de quatre mètres, on regarde un groupe d’enfants monter dans une grande barque pour faire une ballade sur les eaux chaudes du lac. Mais il est temps de remettre les gaz…

Du persil, des navets et du manioc…

Après une jolie balade de 5 km le long des eaux salées, le paysage change complètement. Le sol sableux a été séparé en parcelles alimentées par un système d’irrigation ingénieux. À perte de vue, des fermiers prennent soin de leurs choux, leurs salades et leurs pommes de terres. Voilà des champs de persil, de navet et de manioc. Surgis de nulle part, des enfants courent après nos quads. On approche de Kerbala. Au centre du village, le chef nous reçoit avec un grand sourire. « C’est là que vivent la plupart des agriculteurs que vous venez de croiser, nous raconte Ali Alou Jigala. Beaucoup de pêcheurs habitent ici aussi. Nous sommes presque tous Peuls. La vie est tranquille et dites bien aux visiteurs que tout le monde est le bienvenu. »

Après cette jolie rencontre, on demande gentiment aux minots de nous rendre nos quads. Les mains sur le guidon, un garçon d’environ quatre ans accepte finalement de descendre de la machine avec des étoiles pleins les yeux. C’est reparti. Dès la sortie du village, les dunes apparaissent. Le sable mou nous oblige à pousser nos machines vers leurs limites. Avant d’atteindre le creux de ces « tas de sable » hauts de plusieurs mètres, il faut accélérer brutalement pour ne pas s’enliser. Montée, descente, courbe à droite puis à gauche.

Les dunes du Dakar, les vraies…

Ce passage de dunes est grisant. Le sourire aux lèvres, il est impossible de ne pas augmenter la cadence. Dans un large virage, les roues arrières du quad ont tendance à chasser. Un rapide coup de guidon remet le véhicule dans la bonne direction. Il faut maintenant passer une zone remplie d’arbustes. Le slalom entre les troncs qui barrent notre chemin est technique mais très amusant. Il faut parfois baisser la tête pour ne pas prendre une branche en pleine figure. Les plus prudents ralentissent. Les autres continuent leur ballet motorisé. Soudain au sommet d’une nouvelle dune, la vue vous coupe le souffle.

L’océan, immense, vous fait face. La plage s’étend à perte de vue. « Elle va de Dakar qui se trouve à 25 km d’ici jusqu’à Saly, une cité balnéaire distante de 90 km, raconte notre guide, Koliba Sanfakha. Pendant ces 115 km, vous pouvez lézarder au soleil, vous tremper les pieds ou faire du quad en toute liberté… » Rouler à toute vitesse sur le sable mouillé par les vagues et le visage balayé par les embruns est addictif. Mais après de longues minutes le long de l’océan, il est temps de virer à gauche pour retrouver les dunes. Quelques virages supplémentaires et nous revoilà revenu à la case départ, après presque trois heures d’aventure. Déjà.