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La côte marocaine en parapente, adrénaline et contemplation

Publié le 26 août 2018

Le parapente au Maroc n’est pas l’apanage d’Aguergour, près de Marrakech. À cinq heures de voiture de la ville ocre, d’Agadir à Mirleft, entre océan et montages, une côte sauvage aux steppes arides quasi lunaires met ses courants au service d’un sport-loisir qui se démocratise et s’ouvre aux Africains. Une expérience immersive que My Chic Africa n’a pas voulu rater.

« Après après tourné à gauche au rond-point avant l’entrée d’Aglou, tu roules environ 10 km. Là quand tu vois un lampadaire qui clignote, tu prends le chemin de terre sur ta gauche et tu vas tout en haut du village. » Et pourquoi pas nous demander de nous mettre sous la Grande ours et attendre que la chouette hulule…. Nous voulions éviter Aguergour pour une expédition plus aventureuse dans des sentiers moins balisés, nous sommes servis. Avec Philippe Vanier, « Phil » pour les intimes que vous deviendrez après le premier serrage de main, la vie est simple quand elle est vraie. Et belle quand elle est libre. Quitte à vous donner le sentiment furtif, et disons-le grisant, de participer à Koh Lanta. Ne lui parlez pas de smartphone et de nouvelles technologies, il ne jure que par l’humain. Et franchement, quand on sait que ça sera lui aux commandes du biplace à 800 mètres d’altitude, la chaleureuse évidence rassure.

Après cinq minutes de route caillouteuse, ce vieux de la vielle du parapente commercial entre Agadir à Mirlfet nous accueille en short dans le noir. Un jeune voisin est en train de prier à la lampe torche sur la terrasse accolée aux escaliers d’entrée. Demeure traditionnelle berbère en terre à la cour intérieure verdie par un potager et une phytoépuration faite maison, la maison familiale auto-construite sert aussi de nid douillet pour héberger les clients comme nous. Phil nous y reçoit comme des amis de vingt ans, la palabre facile et la formalité inexistante. Le lieu dégage l’intimité de sa taille et le confort rustique de son identité, celle d’un petit douar de bout du monde surplombant l’océan.

Dans la cuisine, Phil sert le diner en nous parlant de parapente, du Maroc, de sa famille. Ses trois amours. La conversation s’éternise, ce Marocain d’adoption possède une vie assez remplie pour tenir une longue soirée d’été. L’expérience plonge d’emblée dans l’atmosphère apaisante et aimantante d’Aglou, station balnéaire coincée entre Tiznit et le Mirleft. Arrivé de France il y a vingt ans au sud Maroc, il y a découvert le parapente quand le sport était encore le monopole de quelques têtes brulées pionniers du vol libre.

Un sport qui se démocratise et se féminise

« Il n’y avait alors aucune réglementation au Maroc, pas comme aujourd’hui où il est le sport le plus pratiqué au sein de la fédération nationale des sports aériens. Clairement, le parapente s’est démocratisé, il est devenu très accessible à la classe moyenne marocaine et se féminine énormément », nous explique ce quinquagénaire grand et sec sans nostalgie. Rien que sur Aglou et Mirleft, il y a une dizaine de professionnels qui comme lui proposent des stages, des excusions et des vols en biplace. Tous sont Marocains et beaucoup son jeunes, comme Abdu, même pas 30 ans, qui depuis peu travaille avec Phil.

Autodidacte, ce natif d’un village voisin, où il vit toujours avec ses parents, il a volé partout au Maroc et connu les sommets des Alpes, en France. Preuve que la pratique se professionnalise et gagne des pratiquants au Maroc et dans d’autres pays africains. « Ici en hiver, nous recevons beaucoup d’Européens qui préfèrent venir voler chez nous. L’avantage d’Aglou, c’est qu’elle propose une immersion naturelle dans un Maroc moins connu dans un état d’esprit que je qualifie de « non touriste. » En été, il y a beaucoup d’Africains, venus de plein de pays du continent« , assure Philippe Vanier, qui a converti sa femme Oulya et son fils Issam, deux ans. L’offre de la région justifie le déplacement. Entre océan et montagnes, une dizaine de spots, de 10 à 2400 mètres de dénivelé, propose une contemplation avec adrénaline de la splendeur d’une côte naturelle, sans far.

Moins dangereux que le ping-pong

Contrairement au Nid d’aigle, le vol à Aglou se termine par un atterrissage sur le sable de la plage, devant le surf shop. Quinze minutes plus tôt, nous nous étions élancés à 700 mètres, sur l’un des deux sites prisés par Phil. L’autre est une petite falaise de bord de mer, à quelques dizaines de mètres de l’eau. Pour lui, l’imagerie populaire du parapente dangereux et anxiogène est un mythe sans fondement. Hauteur rimerait donc avec leurre ? « Ce qui compte ce n’est pas d’aller haut c’est de rester en l’air. Tout le monde peut faire du parapente, il n’y a pas besoin d’être balaise ou casse-cou. Moi j’ai déjà volé en biplace avec des septuagénaires du village qui n’étaient jamais allées dans les airs, avec des jeunes garçons handicapés… Vous avez plus de chance de vous blesser en jouant au ping-pong qu’en faisant du parapente« , argumente Phil.

Comme ses prix sont très accessibles (300DH pour un vol découverte en biplace,. 400DH avec initiation au pilotage en vol, 600DH par jour en excursion, 700DH par personne pour le weekend avec une nuit d’hébergement et le repas), la plaidoirie  donne envie de mettre les voiles pour Aglou. Après tout, « naviguer dans les airs entretient les fantasmes de notre enfance, cela stimule notre aptitude à rêver« , dixit Joyce Carol Oates.