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Hadithi, un panier kenyan fairtrade qui change la vie des artisanes

Publié le 24 octobre 2018

En six ans, Hadithi, marque de paniers en sisal fairtrade et bio, a transformé un savoir-faire féminin local en une source de revenus salvatrice pour des villageoises de la savane aride du sud-est du Kenya. Quand un shopping ultra authentique peut changer la vie des artisanes locales.

Tous les jeudi, elles se réunissent ici, abritées du cagnard par l’ombre imposante d’un immense baobab au tronc aussi large que le terrain de foot adjacent sur lequel jouent pieds nus des enfants rieurs filiformes. La terre est rouge comme une maison de Voi, la grande ville voisine. Sur le sol, une centaine de paniers colorés de toutes les tailles. Elles sont toutes assises. Certaines parlent, s’amusent ou s’esclaffent. D’autres ne pipent pas mot, concentrées sur leur travail, un nouveau né engoncé dans un porte bébé en pagne. Tous les jeudi, Eunice retrouve les autres femmes du village de Bungule, situé dans le corridor de Kasigau, coincé entre les frontières est et ouest du géantissime parc national de Tsavo.

Depuis six ans, cette sexagénaire souriante passe la moitié de sa semaine à concevoir ces paniers en sisal dont le savoir faire de conception se transmet de mère en fille dans la culture taita. Si quand elle n’est pas à la mine, Eunice s’assoit pendant des heures pour transformer la fibre du sisal en des paniers esthétiques et pratiques, c’est que depuis 2012, cet art ancestral local tellement typique est devenu une source exceptionnelle de revenus pour elle et plus de 800 autres femmes de la région de Maungu. « Moi ça fait déjà dix ans que je fais ces paniers mais avant cela ne me permettait pas de gagner assez d’argent pour payer l’école de mes petits-enfants, leur acheter de nouveaux vêtements et une meilleure nourriture« , nous explique Eunice.

Parce qu’elle s’estime plutôt lente à cause d’une blessure à la main, elle fabrique huit paniers par mois, cinq petits et trois grands. Les autres tisserandes, plus jeunes et sans handicap physique, peuvent elles accroitre la cadence. « Il n’y en a jamais vraiment assez car la demande explose« , assure Mercy Merigold, fille de tisserande née et grandie à Kasigau. Diplômée universitaire, elle a rejoint Hadithi en 2016. Elles sont deux autres kenyanes à épauler la patronne Lore Defrancq, biologiste belge tombée amoureuse du Kenyan et de Maungu en 2009. Mère de deux enfants et veuve de l’ancien directeur de l’ONG voisine Wildlife Works, cette aventurière altruiste a rapidement cerné le potentiel commercial de ces produits artisanaux.

« Pour moi ces paniers étaient trop beaux pour ne pas être vendus et offrir une source de revenus à ces femmes, qui pendant la saison sèche ne travaillent pas dans les fermes. À chacun de mes retours en Europe, j’ai vu que les gens adoraient en m’en réclamaient. J’ai commencé toute seule, en remplissant ma chambre de paniers, avec seulement quelques groupes de femmes. J’ai passé un an à créer une base de données de photos pour que chaque panier raconte une histoire à celui qui l’achète. Et puis c’est aussi la légitimité éthique de la marque, la preuve que nous aidons vraiment ces femmes« , nous raconte Lore pendant un trajet nocturne dans la savane de la réserve de Rukinga.

15 000 paniers vendus en un an

« Nous sommes très fières de ce que nous faisons et on souhaite vraiment innover panier après panier. Les gens achètent pour les couleurs, les formes donc on se doit d’être créatives. C’est notre principale source de revenus, les  femmes plus jeunes qu’y s’y sont mises sur le tard ont appris des plus anciennes. Si l’argent généré a changé nos vies, Hadithi a aussi changé notre vie sociale. Ces paniers ont apporté solidarité et unité chez les femmes des villages. Avant c’était chacun chez soi« , nous détaille Elpina, du village de Kiteghe.

Une heure plus tôt, sous le baobab de Bungule, Eunice et ses amies regardent, Mercy avait passé presque une heure à sélectionner quelques 70 paniers, qu’elle est chargée d’acheter sur place. C’est un rituel presque mensuel. Elle paye en direct les tisserandes, auprès de qui Hadithi s’engage à fournir les outils de fabrication. Sur les douze derniers mois Hadithi a vendu plus de 15 000 paniers, et pas uniquement dans sa boutique de Rukinga, dans la boutique qui jouxte les locaux de Wildlife Works. Les paniers sont aussi distribués dans cinq pays européens (Norvège, Suède, Belgique, Allemagne, Royaume-Uni). Mais pas encore dans d’autres pays africains. « C’est pour bientôt« , promet Lore.