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Le voyage visuel de Guy Tillim pour repenser l'identité urbaine africaine

Publié le 22 août 2018

La photographie africaine a perdu une icône avec la disparition de David Goldblatt, fondateur il y a presque trente ans de la Market Photo Workshop, qui a lancé pléthore de jeunes photographes sur la scène mondiale. De trente ans son cadet, le sud-africain Guy Tillim reprend le flambeau pour porter une réflexion sur l’évolution des grandes agglomérations africaines.

Les smart cities sont déjà un peu l’Afrique d’aujourd’hui. Les métropoles du continent doivent évoluer pour et par les nouvelles générations, Guy Tillim en est convaincu. Comment ? Pour apporter son éco au débat public que doivent nourrir ceux qui en Afrique tirent les leviers du changement, l’artiste  de 56 ans, figure majeure de la photographie sud-africaine contemporaine, propose avec la sérié Museum of Revolution un témoignage visuel captivant à travers les rues des urbaines africaines. Dont celles de Maputo et Johannesburg. Dans ce projet-documentaire ultra réaliste, lauréat du dernier Prix HCB 2017, organisé par la Fondation Henri Cartier-Bresson en France, l’ancien reporter de guerre confronte les grandes villes qu’il a captées à leur passé colonial. C’est ce prisme qui permettra l’entrée dans une nouvelle ère.

« Les espoirs et le vécu des générations récentes qui n’ont pas connu le colonialisme sont une opportunité pour les sociétés de surmonter les erreurs du passé »,, commente Guy Tillim, qui avec son regard lucide veut apporter un témoignage constructif pour une prise de conscience et une future action. Elle viendra de la jeunesse mais devra selon lui se faire en partie grâce à la scène coloniale, une toile de fond essentielle. Pourquoi ? Parce qu’elle est témoin des révolutions et autres mouvements engendrés. «  Le récit colonialiste s’est répété au sein des pays africains durant les soixante-cinq années passées, avec des dates et des noms différents, mais les paradoxes et les contradictions des années coloniales et postcoloniales continuent de se multiplier »,, explique-il.

Dix ans après Jo’burg et Avenue Patrice Lumumba

Cela se perçoit dans les rues et les avenues, souvent aménagées avec la grandeur du pouvoir colonial puis rebaptisées par l’indépendance. Que les sociétés postcoloniales imitent certains aspects des régimes coloniaux n’est pas unique en Afrique, c’est la loi de l’Histoire ». Documentariste photographique des conséquences de l’apartheid à Johannesbourg et au Cap, Guy Tillim est allé à Johannesburg, Luanda, Harare, Libreville, Addis Ababa, Nairobi et Maputo pour réaliser Museum of Revolution.

Avec les 35 000 euros du prix HCB, dont l’objectif est de permettre à un ou une photographe de réaliser ou poursuivre un projet qu’il ne pourrait mener à bien sans cette aide, il a pu compléter et documenter son reportage en plaçant Dakar, Accra, Kampala et Lagos dans sa liste des destinations.  Incarné par des clichés esthétiques et minutieux, qui peuvent permettre aux métropoles continentales de penser l’avenir de leur identité urbaine, le travail de Guy Tillim va devenir un livre et aura les honneurs d’une exposition à la fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris, presque dix ans après avoir présenté deux séries phares du photographe, Jo’burg et Avenue Patrice Lumumba.

De 2007 à 2008, Guy Tillim avait déjà parcouru tour à tour la République Démocratique du Congo, le Mozambique, Madagascar, le Bénin, le Ghana, l’Angola – pour saisir dans chacun de ces pays le vide visuel laissé par des années de vacuum politique. Ses images montraient alors les restes de la « grande époque », le non-sens criant de certaines activités et des structures qui lui ont survécu- les piscines vides de palaces abandonnés, des fonctionnaires démunis dans des bureaux en forme de décors de théâtre – l’absurdité beckettienne d’un « après » en mal d’identité. Cette Afrique là semble bien loin de celle qui aujourd’hui redéfinit son urbanité avec modernité.