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Wildlife Works, un nouveau modèle africain de safari durable

Publié le 22 novembre 2018

Depuis vingt ans, l’ONG Wildlife Works propose au sud du Kenya un nouveau modèle de conservation de la faune sauvage et de tourisme durable. Faire un safari dans les 500 000 hectares de sa réserve, c’est financer la protection des animaux et d’un éco-système.

Dans un monde ingrat incapable de protéger ses animaux sauvages, dont 60% ont disparu de la Terre en 44 ans selon un rapport de la WWF, conserver l’exceptionnel patrimoine naturel des espèces vivantes n’est pas seulement une priorité environnementale. C’est aussi une évidence économique, surtout pour des pays dont la promesse touristique repose presque entièrement sur l’émerveillement de l’Homme face à la magie de Dame nature. Le jour où les amateurs de safari venus scruter en jumelles et 4×4 les étendus arides des réserves n’auront plus grand chose à photographier, le Kenya perdra sa principale richesse économique. Mais il existe un autre défi de la conservation, moins connu mais tout aussi vital pour la réussite de sa mission essentielle : la cohabitation entre les animaux sauvages et les habitants des villages ruraux.

Cette problématique, le Canadien Mike Korchinsky l’a découverte en 1996 lors d’un séjour de deux semaines au Kenya. Un an avant, ce diplômé en génie chimique avait très bien revendu sa société de consulting en management. Face aux problèmes locaux endémiques, ce passionné de protection du vivant établit un principe économico-social vertueux : la vie sauvage ne doit pas seulement être protégée pour les touristes, elle doit aussi servir ceux qui partagent son environnement. Comment ? En créant des emplois pérennes et en offrant des alternatives économiques, comme par exemple les sacs en sisal d’Hadithi. En 1997, Wildlife Works, qui se visite et s’expérimente comme n’importe quelle réserve, est fondé pour concrétiser l’ambition par des actes.

« Plus on crée d’emplois et plus on réduit les chances de braconnage« 

Vingt ans plus tard, le Rukinga Sanctuary dans le corridor de Kasigau, entre les frontières est et ouest du parc national de Tsavo, constitue un modèle de safari durable à l’impact social positif. Dans ce havre de protection et de développement durable, les fermes bovines des villageois cohabitent avec les lions (il y en a peu dans ce coin là), les giraffes, les buffles, les zèbres, les éléphants et toute cette faune de dessin animé qui depuis cinquante ans fait du Kenya le nec plus ultra des safaris, avec la Tanzanie. Ici les safaris automobiles nocturnes sont possibles et les escapades se payent en forfait unique. Et non pas à la journée, comme dans les autres réserves. Perdu en pleins parc animaliers des Taita Hills, le Lions Bluff Lodge – qui peut nourrir et accueillir jusqu’à 57 personnes – offre un sentiment de bout du monde privilégié.

Ici, une usine fair trade et écologique à empreinte carbone neutre, est également ouverte depuis 2002. Elle fabrique des t-shirts pour des marques partenaires ou pour l’ONG elle-même, qui se finance aussi par un retail de niche. Depuis 2011, une autre usine est ouverte, employant 60 nouveaux travailleurs locaux et la production s’est diversifiée. Si vous voulez acheter un savon 100% bio emballée dans du carton d’excrément séché d’éléphant, c’est dans la boutique adjacente qu’il faut aller. « Plus on crée d’emplois et plus on réduit les chances de braconnage« , nous explique Cara Braund, Conservation Office Manager, avant de déjeuner sur la terrasse extérieure des bureaux frugaux de Wildlife Works, dont seulement 3 des 330 employés locaux sont internationaux.

Vendre des crédits-carbone pour financer la conservation

« Si nous n’étions pas là, dans 30 ans cette terre ne serait plus là à cause de la déforestation et la destruction des sols engendrées par la production de charbon et l’agriculture« , poursuit Cara. Pour payer les 100 rangers (non armés) qui parcourent au quotidien le demi million d’hectares de Rukinga, Wild Life Works compte sur l’argent généré par le programme REDD + de vente de crédits-carbone par les grandes entreprises engagées dans la compensation de leur empreinte carbone. En 2008, en réponse au lancement par l’ONU de l’initiative internationale REDD pour réduire les émissions dues à la déforestation et la dégradation des forêts, Mike Korchinsky avait lancé Wildlife Works Carbon.

Sous sa tutelle, le projet REDD + de vente de crédit-carbone du corridor de Kasigau, maximisé par l’ONG affiliée Code Redd,  est devenu un pionnier mondial dont les villageois de Rukinga – six communautés de 1600 à 20 000 habitants – profitent également. « On construit un environnement sain pour la faune et la flore. Ici, pas besoin de grillage. L’an passé pendant la sécheresse nous n’avons perdu aucun éléphant« , ajoute Cara Braund. En 2017, l’ONG n’a recensé qu’un seul cas de braconnage. Une bonne nouvelle pour les 2000 éléphants de Rukinga. Et pour les inspirés visiteurs.