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Avec les "microgrids" l'Afrique innove pour répondre au défi électrique

Publié le 01 novembre 2018

Pour permettre l’accès à l’électricité de ses villages ruraux, l’Afrique commence à maximiser le potentiel technologique des kits solaires et des mini-réseaux décentralisés. Au Bénin, une start-up aux allures d’ONG joue la carte du « off grid ».

L’afroptimisme et les dithyrambes justifiées sur le potentiel économique d’un continent innovateur et créatif en plein boom ne doivent pas faire oublier les freins structurels au développement de l’Afrique. Comme par exemple l’accès quotidien à l’électricité, dont étaient encore privés 621 millions d’Africains en 2015, selon l’ONU. Alors que le Nord est à 99 % électrifié, l’Afrique subsaharienne affiche un taux de 43 % selon l’Africa Progress Panel. L’enjeu est de taille pour un continent dont la population croît de 5 % par an mais là encore, l’Afrique répond présent. Ou en tout cas commence à apporter des réponses concrètes à des questions essentielles pour assurer le service après vente de son attractivité naturelle. L’innovation technologique joue un rôle essentiel dans l’électrification de l’Afrique

Au Sénégal, Sunna Design possède par exemple sa propre usine d’assemblage de panneaux solaires au Sénégal, où elle y monte des mini-réseaux via la mise en place d’un système de mât solaire installé au centre d’un village pour répartir l’énergie. Celui qui décide accéder au service possède une box chez lui. Le système de mini-réseau décentralisé, c’est aussi celui qu’a choisi Tristan Kochoyan, co-fondateur avec son associée béninoise Louise Abalounorou de la start-up Power:On. Grâce à eux Igbéré, un village rural de 3000 habitants au Bénin, dispose depuis septembre 2015 de l’électricité. Le réseau électrique national est pourtant à 30 km de là.

« Le terrain et non pas la technologie comme défi principal »

« Power:On n’est pas une ONG. C’est un entreprise car je considère qu’il est primordial d’avoir un business model qui tourne pour assurer la pérennité des projets. J’ai vu trop d’ONG qui installaient des panneaux solaires, puis qui partaient. Dès qu’il y a un problème, quelques années après, il n’y a plus personne pour réparer et plus d’argent dans la caisse pour faire quoi que ce soit. Le modèle start-up impose une vraie rigueur à ce niveau et responsabilise tout le monde. Nous surtout, vis à vis des usagers qui payent pour un service qui se doit d’être de qualité car il est justement payant puisqu’on propose des forfaits précis selon les besoins, avec possibilité de pré-paiement via téléphone mobile« , explique Tristan Kochoyan.

L’entrepreneur humanitaire considère Igbéré comme un laboratoire R&D et un village pilote capable de prouver l’efficacité de sa solution décentralisée pour la répliquer dans d’autres villages africains. « Le matériel et la technologie ne sont pas africains, sauf le paiement mobile. Mais la technologie n’est pas le gros challenge avec les mini-réseaux. Le défi majeur est de savoir adapter son offre aux besoins locaux et aux profils des clients. Pour ça il faut connaître le terrain et donc avoir des locaux qui connaissent la culière et qui dans dans les villages puissent prendre le pouls des besoins« , développe le fondateur de Power:On, qui emploie à Igbéré un employé béninois responsable du réseau.

Omar Sy, Lionel Loueke et Samuel Jackson en ambassadeurs

Pour pouvoir mettre en place ses futurs projets, passer à l’énergie solaire pour être live 24h/24, Power:On a concocté une campagne de communication haut de gamme pour sa levée de fonds sur une plateforme de financement participatif. Le plan ? Concevoir un spot assez touchant et captivant pour fédérer des énergies autour de la cause avec l’actrice Eva Green en voix off pour inviter à découvrir comment plus de 100 familles, entrepreneurs et services publics ont pu radicalement transformer leurs conditions de vie.

La touche hollywoodienne à ce storytelling visuel fait son effet: Omar Sy, Lionel Loueke, Samuel Jackson, Mads Mikkelsen, entre autres, partagent et relaient sur les réseaux sociaux. Le coup de com’ est réussi. « Mais il n’a pas permis de collecter assez d’argent. Heureusement nous venons de boucler une levée de fonds qui va nous permettre de réaliser une centrale hybride avec panneaux solaires et batteries« , confie ce béninois d’adoption.

Même Facebook se met aux mini-réseaux électriques

Depuis la mise en place d’un programme dédié par l’agence américaine de développement Millennium Challenge Corporation, « le Bénin bouge beaucoup sur l’accès à l’énergie, notamment celle hors réseau comme nous l’avons fait à Igbéré« , précise Tristan Kochoyan. Pour lui Power:On a été pionnière car « nous sommes les seuls privés à faire cela au Bénin. Nous avons je pense forcé une réflexion chez le gouvernement quant aux politiques efficaces d’électrification.

Aujourd’hui la plupart des fonds sont aujourd’hui dirigés vers des projets qui distribuent des lampes ou des kits solaires. Mais le marché des kits solaires n’ira jamais plus loin qu’une utilisation réservée aux petits appareils. Dire qu’on fait de l’accès à l’électricité en distribuant ces kits, c’est un peu dire “je fais de l’accès à la santé” en distribuant des pansements. »

Les mini-réseaux demandent plus de temps d’installation, d’investissement, et il s’agit d’un domaine plus réglementé. Mais la volonté est là. Bloomberg annonçait récemment que Facebook et des capital-risqueurs d’Allotrope Partners allaient mobilier presque 50 millions d’euros entre 2018 et 2020 pour aider au développement de projets de « microgrids » en Asie et en Afrique de l’est.