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Le féminisme digital, un combat africain si universel

Publié le 20 août 2018

Le féminisme 2.0 s’organise en Afrique pour lutter contre une discrimination sexuelle dans le coding dont le continent n’a pas l’apanage. Le digital a besoin des femmes pour continuer de transformer l’Afrique. 

 » Le code informatique est la langue du XXIe siècle et nos enfants doivent la maîtriser « . Le slogan de la Semaine africaine du code, qui s’est tenue fin 2017 dans 17 pays du continent, résume parfaitement un enjeu majeur dont l’Afrique n’a pas l’apanage. Elle n’a pas non plus le monopole d’une problématique cruciale : attirer les minorités pour combler le manque de développeurs. Selon une étude de Microsoft les Etats-Unis en manqueront par exemple un million USA en 2020. Levier d’émancipation sociale et culturelle, le code doit se féminiser.

C’est un enjeu stratégique de survie pour la digitalisation de l’Afrique. Dans la même lignée que « Girls Who Code » et « FEMMES » aux Etats-Unis et que l’atelier « Osez-Coder » en France, « She Is The Code », en Côte d’Ivoire, symbolise la prise de conscience africaine d’un féminisme 2.0 dont le combat dépasse largement la seule cause de l’égalitarisme.

Que ce soit le Next Einstein Forum, qui a eu lieu en mars 2018 à Kigali ; les centre de formation Andela de Nairobi, Kampala et Lagos, soutenus notamment par Mark Zuckerberg dont la fondation a financé le projet à hauteur de 20 millions d’euros ; les « Laboureurs du code » de Kinshasa ; « You Code » à Maurice ; ou donc l’Africa Code Week – qui a battu son record cette année en outillant 1,3 million de jeunes dans 35 pays, tous ont la même ambition.

Le coding, bientôt un des métiers qualifiés les plus prisés

À savoir enseigner aux jeunes générations africaines des rudiments de programmation informatique pour les former à un marché du travail porté par les nouvelles technologies. Selon la Banque mondiale, les élèves africains ne sont que 1 % à sortir de l’école avec des notions d’informatique. Le besoin de formation est donc immense. Et encore plus chez les jeunes filles, qui comme en Europe et en Amérique du Nord sont très largement minoritaires dans un univers taxé de machisme. 

Pour devenir une codeuse professionnelle, Angela Koranteng a dû lutter contre l’incompréhension d’un père, la condescendance des garçons et le retard naturellement concédé par une éducation qui éloigne les jeunes filles de la technologie.  » C’est ce qui les empêche encore trop de filles de comprendre que le coding sera très vite l’un des métiers qualifiés les plus demandés « , regrette-t-elle au média Africa Renewal.

Orienter les jeunes étudiantes vers la technologie, mission difficile

Sans disposer de données fiables, elle présume que l’inégalité sexuelle est encore plus grande en Afrique qu’en Amérique du Nord, où en 2013 seulement 26% des ingénieurs informatiques et 30% des développeurs étaient des femmes. Toujours dans Africa Renewal, Caleb Ibhasabemon confirme par exemple qu’au « Computer Village » de Lagos, les développeurs sont très majoritairement des hommes.

Pour réduire les écarts d’opportunités et lutter contre une discrimination culturelle, il existe heureusement des initiatives. Comme l’ONG STEMbees où oeuvre la ruandaise Angela Koranteng telle une militante. Son ambition ? Augmenter le nombre de jeunes étudiantes en science, technologie, mathématique et ingénierie. La mission est difficile,  » car les filles s’orientent encore naturellement vers le droit, la médecine ou le business « . La directrice de communication d’Andela assure elle que sur les 600 développeurs sous contrat à Lagos, Nairobi et Kampala, 30% sont des femmes. Déjà plus encourageant.

« L’informatique est bien trop important pour être laissé aux hommes »

Conscients que, comme le dit justement Karen Spärck Jones, professeur en informatique à l’université de Cambridge, « l’informatique est bien trop important pour être laissé aux hommes« , Google et Facebook sortent le chéquier pour soutenir la formation des filles au coding. L’académie AWELE, à Lagos, est l’une d’entre-elles. Toujours au Nigéria, GE a crée « GE Girls » et son évènement  » She Can Code « . La Ghanéenne Ethel Cofie, success story ghanéenne du coding féminin et CEO d’Edel Technology Consulting, a elle crée « Women in Tech Africa » pour encourager la diversité sexuelle.

Faut-il y voir des signes d’optimisme ? Web developer et data manager à l’université de Toronto, la Ghanéenne Marian Tesfamichael pense que oui. Dans un article publié sur le site All Africa, elle affirme que les prochaines années verront  » de plus en plus de femmes tomber amoureuses du coding, bien mieux gagner leur vie et transformer l’économie de leur pays « . Pour que la prophétie se réalise, il faut déjà que l’Afrique continue de mieux s’équiper en ordinateurs par foyer pour rattraper son retard sur les autres continents.