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Quand l’Afrique s’approprie l’intelligence artificielle

Publié le 30 juillet 2018

Grâce à l’IA et au cloud, les développeurs africains peuvent aujourd’hui lancer des applications à moindre coût. Leur réussite commence à intéresser les géants du web.

 

Les applications du futur s’inventent aujourd’hui en Afrique grâce à l’intelligence artificielle (IA). GiftedMom a déjà aidé 100.000 camerounaises à répondre à leurs questions concernant leur grossesse. La plateforme nigériane Utena permet, elle, de détecter les signes de détresse respiratoire qui provoque 900.000 décès chaque année dans le monde. Une autre application, actuellement en phase de test, aidera les fermiers à repérer les maladies qui se développent dans leurs champs. L’IA permet aussi aux internautes de profiter d’un soutien scolaire personnalisé grâce notamment à M-Shule. Les clients de Kudi peuvent, pour leur part, payer leurs factures à partir de leur smartphone quand bon leur semble.

Au-delà de leur valeur ajoutée sociétale, si les applications africaines trouvent leur public c’est avant tout car le continent tout entier est aujourd’hui connecté. Le taux d’équipement en téléphone portable des particuliers est proche de 100%. Le nombre d’appareils, qui atteint déjà 350 millions, devrait encore doubler d’ici à 2020, selon les prédictions de Deloitte Afrique, grâce notamment aux prix de vente des smartphones,  passés en moins de deux ans de 80 à 30 dollars. Dans beaucoup de zones, le mobile est le seul moyen de communiquer et les Africains sont de plus en plus nombreux à utiliser des services gratuits comme Facebook Messenger, WhatsApp et Skype pour ne pas consommer leurs forfaits payants.

Les nouvelles avancées technologiques et notamment le « cloud », qui permet de stocker ses données à distance pour des coûts minimes voire même nuls, ont permis à des petits génies du web de mettre en point leurs app sans un sou en poche. Dans le passé, un développeur devait dépenser des milliers d’euros pour se payer des serveurs et des licences alors qu’aujourd’hui tout ou presque est proposé gratuitement sur la Toile.

Google s’installe au Ghana

La disparition de ces barrières financières a aidé de nombreux entrepreneurs à lancer rapidement leurs applis. La majorité des applications d’intelligence artificielle qui se développent en Afrique utilisent des outils clé en main et des interfaces de programmation applicatives (API) avant d’y ajouter des services souvent assez pratiques. De nombreuses apps lancées sur la Toile sont ainsi axées autour des secteurs de la santé de l’environnement et de l’éducation.

Véritable bouillon de culture, l’Afrique commence aujourd’hui à intéresser au plus haut point les grands groupes internationaux et tout particulièrement les géants de la Silicon Valley. Des récompenses et des primes sont accordées aux start-up les plus prometteuses notamment lors du Cisco Global Problem Solver Challenge et de l’IBM Watson AI Xprize. Google a été plus loin en annonçant l’ouverture prochaine à Accra au Ghana de son premier centre de recherche en intelligence artificielle en Afrique.

Le Lab sera piloté par le Sénégalais Moustapha Cissé, qui a obtenu un doctorat en science de l’informatique à l’Université parisienne Pierre et Marie Curie avant de se faire recruter par Facebook. Accra devient donc la onzième ville au monde à accueillir un centre de recherche en IA de Google, après Paris, Zurich, Tokyo, Pékin, Montréal, Toronto, Seattle, Boston, Tel-Aviv et New York.

Du machine learning à Kigali

Pour ne pas uniquement devenir une « base arrière » des géants du web, l’Afrique doit encore se doter d’instituts qui permettront de former les développeurs de demain. D’importants efforts sont faits dans ce domaine. Une maîtrise en « machine learning », définie en collaboration avec l’université américaine Carnegie-Mellon, est proposée à Kigali au Rwanda. D’autres programmes similaires sont enseignés à l’université du Cap en Afrique du Sud et dans des établissements au Maghreb.

Le premier réseau africain de centres d’excellence en sciences mathématiques, l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS), vise, lui, à aider les meilleurs étudiants à devenir des innovateurs capables de propulser l’autosuffisance scientifique, éducative et économique de leur continent. L’intelligence artificielle comme moteur de développement, ce n’est pas un fantasme mais une réalité africaine.