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Avec les "staycations", le tourisme local s'impose en Afrique

Publié le 21 novembre 2018

Depuis un an, un nouveau phénomène se développe en Afrique, les « staycations ». Ou quand des nouveaux acteurs digitaux du tourisme convainquent les millennials de voyager local pendant leurs vacances. Au Nigeria la tendance remet en lumière une Afrique méconnue.

Il est des réflexes comportementaux qui sont difficiles à changer. L’habitude n’aime pas forcément être chamboulée, c’est comme ça. Mais l’industrie touristique mue et, outillée des leviers digitaux sine qua non, elle sait aujourd’hui parler aux millennials pour les convaincre de voyager autrement. En Afrique, l’enjeu est crucial : il s’agit de redonner envie aux Africains qui en ont les moyens de rester au pays pendant leurs vacances. Au Nigéria, où les ressources financières des classes moyenne et supérieure s’accroissent, des start-up digitales rendent facile l’exploration des trésors méconnus d’un pays touristiquement boudé par ses propres habitants.

« Il y a tellement de gens intéressés pour découvrir les beautés locales qu’ils ne connaissent pas. Ils ont envie mais encore faut-il savoir assembler toutes les pièces du puzzle pour leur proposer des séjours attractifs qu’ils peuvent réserver vite et facilement », explique dans Quartz Funmi Oyatogun. Avec TVP Adventures, ce blogueur de voyages converti à l’entrepreneuriat promeut et facilite le tourisme local pour une classe moyenne supérieure plus habituée à passer ses vacances à Dubaï, en Europe ou aux Etats-Unis que dans les forêts sacrées d’Osun Osogbo Grove, pourtant classées au patrimoine mondiale de l’Unesco.

Les réseaux sociaux, là où tout se passe

Ouvert en octobre 2016, TVP Adventures a reçu plus de 1500 réservations et affiche aujourd’hui en moyenne trois séjours de groupe par mois. Il y a deux ans, c’était un tous les deux mois. Pour Take Irinajo, jeune agence de voyage digitale lancée elle aussi en 2016, le cap des 1000 réservations est également dépassé, avec 20% de récidivistes. Comme pour TVP Adventures, la clientèle est principalement constituée de millennials nigérians sondés et sollicités sur les réseaux sociaux. Notamment pour séduire via des promotions spéciales.

Demandez à Adedamola Idowu, qui après avoir voyagé pendant deux ans tout seul au Nigéria pour repérer des destinations incontournables a fondé Take Irinajo, et il vous dira que la clé de sa réussite est de réussir à créer des expériences, après avoir facilité la logistique pour l’organisation de séjours qui, en moyenne chez lui regroupent une vingtaine de curieux. TripZapp est une autre agence nigériane de « staycations », accessible également pour les visiteurs étrangers. Elle offre elle aussi des alternatives de voyage moins couteuses qui résonnent chez une génération ultra mobile appréciant les découvertes en solitaire. Et qui documente avec minutie ses découvertes, « créant de fait une immense base de données constamment mise à jour« , se réjouit dans Quartz, Rosemary Okoli, fondatrice de TripZapp.

« Les gens ne vont plus automatiquement à Londres ou New York »

Exemple d’une offre expérientielle locale parfaitement documentée, le « Best of the West » de TVP Adventures. Au menu d’un séjour cousu main, l’exploration des Ikogosi Warm Springs, des Idanre Hills et des Erin Ijesa Waterfalls. Trois attractions du sud-ouest du pays. Le package coûte 154 dollars, soit 62 000 naira, la devise locale. En plus d’un prix très abordable il a l’avantage comme les autres séjours locaux d’éviter les coûts et les paperasses inhérentes aux demandes de visa. Autre destination très prisée par la nouvelle classe moyenne nigériane auprès des « staycations », le lac Iyake au sud et le chateau Kajuru au nord.

Alors oui, les tracas classiques liés au retard d’avion sur les lignes intérieures, aux infrastructures routières et ferroviaires et à la sécurité physique et matérielle empêchent pour l’instant ce nouveau marché de toucher la masse. « Mais les agences comme la nôtre qui essayent de changer la culture du travel au Nigéria commencent à avoir un vrai impact. Les gens qui voyagent ne vont plus automatiquement à Londres ou New York et considèrent des séjours au Bénin, au Togo ou ailleurs dans le pays », résume Rosemary Okoli.